De père en fils ; plage ; soleil ; coucher de soleil ; mer ; sable ; promenade ; lumière

DE PÈRE EN FILS

 

 

 

 

Je suis le fils de mon père

Sur les photos de famille la grande étendue bleue

Que la marée du temps fait s’échouer sur moi.

Éperdument croissant, il perdure mais a omis

De me transmettre le gène de l’immortalité.

Dans ses artères vos remords, regrets, nostalgies et souvenirs

Sa hantise l’amnésie, qui ferait de son âme

L’angle mort de vos vies.

Bientôt il m’absorbera, bientôt je serai lui

Mais bientôt est immédiat, me voilà parti.

Je suis le père de mon fils

Sur les photos de famille la grande étendue bleue

Que l’infinité du temps me donne à admirer.

Je fais sa connaissance à la fin de chaque instant

Et façonne sur lui des empreintes dont il s’affranchira

Car celui que vous redoutez, espérez, usurpez, devinez,

À l’instar du Soleil est dépourvu d’ombre.

Bientôt je l’absorberai, bientôt il sera moi

Mais bientôt est immédiat, le voilà accompli.

Je suis ce que l’on a trouvé de mieux

Pour honorer le passé et le futur,

Sur les photos de famille la grève solide

Dont chaque particule est un instant présent

Échappé d’un sablier.

Héritier et héritage, je suis souvent irrité

De voir les désirs et les mémoires se tendre

Vers l’avant et l’après au détriment du pendant.

En concurrence avec mes reflets,

Au rebut de la temporalité,

Je suis le battement d’un cœur, d’une aile, d’une paupière

À côté duquel une seconde est un océan de possibilités.

Si je suis autant d’occasions pour vous, humains,

De ne faire qu’un avec vous-mêmes,

Est-ce pour se fuir que vos esprits ainsi me sèment ?

 

Samedi 3 décembre 2016

22h19

Palaiseau

© Marianne Boyer