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JUSTE AVANT

 



Le soleil brillait si fort qu’il semblait n’être là que pour nous et n’honorer aucun autre endroit sur Terre de sa présence que celui-ci.

Partout ailleurs, ça ne pouvait être que la nuit. Rétrospectivement, je ne vois pas comment cela aurait pu être autrement. Nous étions des rois malgré nous. À tel point que nous ne le savions même pas. Tout avait alors une ombre, des contours, une plénitude. La moindre pierre était considérée par la lumière, rien ni personne n’était oublié. Nous pouvions aller nus. À la fois si proches et si éloignés du dénuement. Tout ce qui était visible s’exprimait alors, dans une cacophonie aveuglante. Les paupières closes, en quête de repos, devenaient des toiles tendues où les impressions lumineuses, dans leur persistance, projetaient des scènes improvisées, dans le prolongement du réel. La lumière était une passerelle sur laquelle nos intérieurs et nos extérieurs dansaient et se découvraient, enfin réconciliés. Comme l’enfant aux lacets défaits et l’adulte à la cravate nouée en chacun. L’inconstance et la continuité signataires d’un traité de paix. Il arrivait parfois que certains corps, tout à fait alignés par rapport à la source, devenaient transparents. Cacher quelque chose était un projet vain. On tendait l’autre joue sans hésiter, car le seul risque encouru était de se la faire caresser. On ne cherchait pas à oublier, mais à aimer malgré. Tous les lundis étaient endimanchés, et les airs de déjà-vu se désavouaient. Nous dormions à l’abri, sous l’aile du hasard.

Un jour, l’obscurité est venue frapper à chacune des portes que nous avions dégondées. Elle réclamait sa part du gâteau, rien de moins.

C’était avant, juste avant mes envies d’ailleurs. Avant tes envies d’un peu trop loin.

 

 

 

Dimanche 7 octobre 2018

17h51

Palaiseau

© Marianne Boyer